samedi 26 novembre 2011

J'ai aimé dormir chez vous - il y a un temps pour tout

On arrivait en retard à la maison de concert, 4ème étage dramaturgie, et l'équipe débouche déjà le champagne, un gâteau Esterhazy sous un glaçage aux couleurs du festival, le discours répété trois fois pour les retardataires, les rires, les blagues, les pires moments les émerveillements, les prochaines festivités fixées au 14 décembre, au milieu des CDs, des encyclopédies, des affiches et des manteaux humides, Al. me maquille les lèvres rouge vif et je suis surprise en bien, les bulles montent à la tête il reste deux places pour le concert final et le tirage au sort qui sera de la partie. Les autres vont dans le café du festival, il faut aligner les verres de champagne, décorer les tables et sur l'un des grands miroirs muraux je grimpe sur une chaise pour dessiner le logo de Wien M*dern et écrire au rouge à lèvres we will return in 331 days et on sent que ce sera long, alors on s'installe à une table pour des commandes spéciales, c'est notre café, on peut y manger ce qu'on veut, et les portions sont généreuses parce que nous sommes si menues aux yeux du cuisinier. Les gens arrivent, et la lumière est si belle, dorée, illuminée par le champagne et les sourires que je cours avec mon reflex numérique sans pouvoir m'arrêter, sans vouloir laisser un seul instant du festival mourir sans moi. G. me propose un travail photo sur une journée et j'ai le coeur qui bat, bientôt un képi marine à la porte et je sais qu'il est là, je ne sais trop alors pour tester je l'ignore, un peu, et au moment de passer à côté de lui, il m'interpelle, junge Dame! et j'aime sa manière de tendre les bras comme un enfant, alors je m'assieds auprès d'eux, les champagnes, les bières et les sirops framboise, A et sa chemise Bauhaus bleue, la musique trop forte et pourtant on aurait voulu danser, partout des coeurs ouverts, des bras, des yeux qui brillent et dans la nuit glisser sur le bitume givré, arriver trop tard au Schik*neder, se vautrer sur les sofas, décider de faire vivre encore la nuit et prendre des vélos des taxis et se retrouver dans mon petit appartement, une bouteille de rouge et du pain, le jour pointe déjà, on se retrouvera le lendemain, peut-être, finalement peut-être pas.
Mais qu'importe, la nuit a été magique et elle le restera. 

15:55, finalement pas. Les textos qui se bousculent en fumant une cigarette sur un banc du parc et G. qui appelle pour me dire qu'il a transmis mes coordonnées à une maman qui cherche une professeur de piano pour sa fille, ça ferait trois.
Et putain, putain, je suis tellement heureuse. Putain.

mardi 22 novembre 2011

première neige et le silence

Il avait fallu changer de place à la bibliothèque pour trouver une lampe de bureau qui fonctionne. Ce n'est pas pour la lumière que tu en as besoin. C'est pour te chauffer les mains, c'est pour le halo chaud sur tes livres, pour la sérénité dans laquelle ça te plonge et l'écran face au monde extérieur. Régulièrement tu te lèves, tu vas aux toilettes, pas parce que tu as besoin d'y aller, mais pour te rincer les mains à l'eau brûlante, longuement. Et puis tu lis ces analyses sur Proust, Wagner et Baudelaire et tu te sens bien, tu te sens chez toi. Mais il faudra malgré tout que cela ait une fin, une faim.
Alors je déroule mes écharpes et mon manteau aux gros boutons gris, je me prépare un grand bol de chocolat chaud et des tartines de pain aux noix avec de la Rougette. Je règle le thermostat sur 20° et j'allume une bougie. On est tous sur la moquette couleur d'hiver, l'assiette bleue, le bol blanc, la bougie vacillante et le pull de grosse laine marine. l'immobilité du silence, la pénombre du jour derrière les fenêtres, la rue lointaine et les respirations du radiateur. J'allais glisser les Variations Goldberg dans le lecteur, mais finalement non: le silence est si beau aujourd'hui.

jeudi 17 novembre 2011

l'esthétique enroulée autour du cou

Je souriais tout à l'heure dans le métro, je souriais des gens qui m'avaient regardé dans la salle de théâtre, une jeune femme blonde qui lit Proust en français avant le début d'un opéra de poche contemporain, seule, absorbée. Je savais qu'ils m'imaginaient toute une vie de paillettes et de mystère, alors que non, je suis une simple étudiante même pas en histoire de l'art, même pas parisienne, juste bilingue. 
Je repensais à Kierkegaard, à sa manière - à sa manie - de se mettre en scène, de faire de sa propre vie une oeuvre d'art. Mensonges, personne ne veut le nier. Mais tandis que je souriais dans le métro en repensant à Proust en français que je lisais dans ce théâtre de la scène avant-gardiste, seule, mystérieuse par mon choix de lecture, mes origines étrangères et ma solitude. Et j'étais une mise en scène, un happening, discret, mais un peu mensonge moi aussi. C'est ma coloc qui le disait, elle fait de chaque instant une oeuvre d'art, qu'elle lise le monde diplomatique dans le parc le dimanche matin, qu'elle peigne les fleurs dans le potager le lundi de Pâques ou qu'elle pétrisse une pâte briochée en écoutant Corelli avec le tablier bleu et blanc. 
Je souriais aussi parce que je vais mieux. Parce que je suis amoureuse d'un garçon beau, plus âgé, trop intelligent et en couple, parce que c'est doux d'aimer sans devoir craindre de -se- perdre. Je te le dirai, plus tard, à la fin du festival quand nos chemins se sépareront, toi dans le IIIe et moi dans le IXe. 

mercredi 2 novembre 2011

l'autre

Et je suis éparpillée sur le tapis et sur le lit je voudrais vomir je voudrais qu'on me frappe à coup de pieds jusqu'à ce que je perde conscience je voudrais qu'on me griffe me morde me cogne je voudrais avoir tellement mal physiquement que ça ternisse le coup dans la poitrine je voudrais tellement me vomir que je fume un paquet entier de clopes en moins d'une heure et en vendant les CDs j'enclenche ma propre censure sur mes pensées parce que je ne peux pas je sais pas réagir face au fait qu'il a une copine depuis un mois c'est une autre qu'il regarde comme il me regardait c'est une autre qui a son corps ses bras ses yeux je voudrais tellement me vomir que je fume un paquet entier de clopes que je tends les CDs et rends la monnaie sans rien voir que je me couche dans un état comateux avec T. qui parle je ne sais pas quoi je ne sais rien je ne veux plus jamais rien savoir et je regrette tout ce qui s'est passé.

mardi 1 novembre 2011

loop

Il aura fallu s'y prendre à plusieurs reprises avant d'oser effleurer la touche pour lancer l'appel. Dix heures moins dix du soir, en tailleur devant le radiateur, sa voix qui décroche et ne pas savoir s'il avait gardé mon numéro, et dire gauchement que c'est moi, parce que putain je veux être la seule moi pour toi. Les banalités, les tentatives d'expliquer le silence en reformulant les promesses jamais tenues au passé. J'ai refait signe, la balle est chez lui, je tiendrai. 
N'empêche que la voix de Beirut me rappelle cette histoire qui s'est passée avec lui dans ma tête. Tu m'avais envoyé une chanson que ton frère et toi écoutiez en boucle lors des longs trajets en voiture, et moi j'imaginais déjà des roadtrips, des routes poussiéreuses, le soleil rouge de fin d'après-midi, les cheveux qui collent au front moite, toutes les fenêtre ouvertes et une sensation incroyable de liberté avec Postcards from Italy dans le lecteur. J'ai toujours eu trop d'imagination je sais.