samedi 28 février 2015

Istanbul en hiver







I had to deal with a lot of pressure
Christmas alone
a better life
– and yet you will succeed
 
my body feels exiled from yours
music is a need
travels
our mutual art project
and we live for
that



 

jeudi 13 novembre 2014

Bergama, Turquie
Pentax Super A / Ilford 125


yellow leaves and wandering clouds
correspondance entre Vienne et Istanbul.


istanbul
you came to that flat next to the austrian hospital, just to 
have a cup of tea, but 
went out the following morning 
wearing 
the very same clothes than the evening before

the silence was deep
and heavy like a wool blanket on your body
– on cold winter nights
I went to the sea and the shore
was completely empty
a solitude
I felt strange, one
of these feelings that you can't make sense of
it is strange that
the idea that we are nothing in the world
provokes such a feeling of happiness

at the same time I have a 
tremendous 
energy to do new things
it is hard to 
find the right way to 
write about this, even more 
in english
the hardest part for me 
is the start

we only care about people who share the same
ethnicity, religious belief, ideology, etc.
with us
they have to share something
with us
otherwise they are not eligible for our compassion
I was moved
when
I saw you sleeping that very morning and
I am happy that I can find
those emotions
again in the picture


samedi 11 octobre 2014

Beyoğlu, Istanbul. Septembre 2014.

Il dormait profondément. Je chantait pourtant en préparant le café et en lavant la vaisselle du soir précédent. Il dormait tout habillé, avec ses chaussettes dépareillées, roulé en boule sur le canapé, son grand corps frêle et ses boucles abondantes, et l'arrête du nez si incroyablement fine, entre les yeux, si délicate qu'il me semblait pouvoir voir au travers.

Il dormait sur le sofa, la guitare à ses pieds sur le parquet foncé. Sur la table basse il y avait une plante contre les moustiques et puis son cendrier plein de mégots. C'est peut-être là que ça a commencé. J'ai voulu me souvenir de ce matin-là et je me suis approchée sans bruit avec mon Pentax. J'ai sursauté lorsque le miroir a brusquement pivoté, mais lui n'a pas bougé. Il ne sait rien encore, il a continué de dormir tout habillé sur le sofa, et moi maintenant, je croise les doigts pour que la photo ne soit pas ratée.

mercredi 8 octobre 2014

Stara Planina, massif des Balkans, Bulgarie 2014

Il disait aimer Camus et Dostoïevski, alors j'ai dit oui.
Je portais une robe en maille noire et blanche, doublure bleu nuit et lui une veste en cuir élimé et des chaussures de montagne. On a traversé le canal, lui portait sont gros sac à dos à armature, moi je poussait mon vieux vélo blanc Peugeot. On a improvisé un curry tofu-légumes et on est ressorti dans la nuit humide, le long du canal puis au coeur de la ville pour essayer d'extraire l'essence de Vienne. Au café anarchiste Rasputin, je bois ma demi citron en me demandant qui il est, ce garçon qui s'apprête à traverser l'Asie au gré des saisons, des portes ouvertes et des voitures qui s'arrêtent au bord de la route. 
Il passera une journée entière à écrire et réfléchir sur le cosmopolitisme de Berlin, et le dimanche, au Belvédère, il demande à repasser encore une fois la salle avec les Klimt. Devant le Baiser, je doute que la femme aie vraiment envie que l'homme l'embrasse, mais oh si, il dit, elle est tellement heureuse, tellement amoureuse.
Le matin, je le réveille en jouant Beethoven, la journée il se perd dans les rues, et le soir, nous cuisinons à quatre mains en écoutant Eroll Garner, avant de regarder des Louis de Funès ou des Fernandel, en rejouant à plusieurs reprises les scènes qui nous font le plus rire.
Un matin, il doit partir, parce que je m'en vais. En revenant le long du canal, je suis seule, je porte une autre robe. L'appartement est immobile et–
Le soir, je retrouve le garçon dans un café, il loge chez une amie en attendant de quitter Vienne. On se souhaite mutuellement bon voyage, et il dit en plaisantant dis-moi quand tu es de retour, si ça se trouve, je serai encore en train de lever le pouce aux portes de la ville. 
Pourquoi pas ?

vendredi 26 septembre 2014

Nicosie
Pentax SuperA / Ilford 125

Printemps chypriote.

L'imam chante dans le ciel encore épais, la ligne de démarcation au détour de la ruelle, la mosquée juste après, en pierre jaune, frêle et coquette comme une jeune fille à son bal blanc. L'imam chante et réveille le pope orthodoxe, la ligne de démarcation au détour de la ruelle, l'église juste avant, en pierre jaune, matrone taciturne confortablement allongée sur la petite place. Au chant aigu du musulman succède la voix sombre du chrétien. Entre les deux, la ligne de démarcation.

Le bois crépite sous les pieds nus, le soleil installé dans la cuisine détaille les visages qui gardent encore un peu la trace des draps, les palmiers se découpent avec précision du ciel chaud, les psalmodies graves de l'église orthodoxe et le tintement clair de la vaisselle du matin se font écho. Sur la balustrade, un garçon au boucles blondes joue de la mandoline, il est venu de Suède. Une fille très grande et très belle verse un peu de lait dans son bol de thé, elle parle polonais. Une fille et un garçon se disputent la dernière tartine, ils crient en croate et néerlandais. Une fille aux cheveux noirs et vêtements colorés fredonne des airs de jazz, elle chante en italien. Un garçon en chemise et lunettes fume une cigarette en écoutant la mandoline, il pense en allemand. Deux filles aux yeux rieurs boivent leur café côte à côte et se comprennent à mi-mot, slovaque et tchèque. Un garçon aux yeux verts virevolte et tourbillonne, il est ici chez lui. Un autre garçon au profil noble et aux yeux profonds me regarde, il rêve en grec.

En bas, entre l'église orthodoxe et la mosquée, on klaxonne. La journée commence.

lundi 14 juillet 2014

Nicosie
Pentax super A, Ilford 125

Sur la place rouge, le dimanche matin, des mamans voilées jouent au foot avec leurs enfants. La place résonne de cris, de ballons et de vélos vacillants, les vieillards en calottes fument la pipe, réfléchissent échec et mat et veillent sur leurs belles-filles et leurs petits-enfants ; les papas reviennent chargés de poivrons et de pain blanc. Dans l'après-midi, ils traîneront un cageots de bières dans le parc et joueront à la pétanque en criant et gesticulant. Les enfants en culottes bleues courront dans les jets d'eaux de la place, les grands-pères en calottes fumeront la pipe et réfléchiront encore échec et mat.

vendredi 20 juin 2014

Pentax Super A / Kodak Gold

L'exil et la grâce #3 
(en réaction à elle)

Mais lui reste de son côté, il refait toujours le même trajet, pas plus loin
L'oiseau s'envole tandis qu'il retourne sur ses pas
L'autre arrive, harassé, donne-moi ta main je te guiderai
A la ligne que lui ne franchit pas, je me souviendrai de toi
L'autre s'en va.
Reste le passeur qui ne passe pas.