jeudi 23 avril 2009

Et resurrexit tertia die secundum Scripturas, et ascendit in coelum sedet ad dexteram Patris.

C'est se connecter au même moment, se retrouver au bout du fil, et la rue descendue en courant, le temple marque 15 heures. Je me trompe d'immeuble, encore, et la porte s'ouvre lorsque j'atteins le palier. Le billet imprimé gonfle ma poche d'un vent de liberté et de gratitude. Dans la petite cuisine de P. deux grands verres de jus d'orange, et il m'explique les dates des différentes fêtes orthodoxes, Pâques et les fêtes relatives toutes ensembles, les autres fêtes décalées entre les Russes et les autres. Son voyage en Roumanie, les grands-parents de M., l'agneau pascal et si je veux bien l'aider. L'aspirateur redonne aux tapis d'orient leurs couleurs éclatantes et lorsque je suis à plat ventre pour nettoyer sous le sofa, une frimousse malicieuse apparaît de l'autre côté: c'est qui qui est là? et D. me raconte les Schtroumpfs. Un repas frugal me rappelle qu'il est tard, et je les quitte après la cigale et la fourmi.

Les matins trop tard on aimerait remonter le temps, les nuits sont peuplées de rêves grinçants - pourquoi dormir? Je retrouve la couverture rassurante d'un livre, je le caresse, hume le parfum de ses pages, il est là, si jamais.

L'église sombre dans le jour encore somnolent, les voix mal assurées, l'encre pâlit; gris, rosé, flamboyant: Христос воскресе!

jeudi 9 avril 2009

Hirondelle, l’hirondelle / Qu’apportes-tu au printemps ? / Hirondelle, l’hirondelle / Des plaisirs ou des tourments ?

C'est d'abord l'écharpe, puis les mailles violettes du cardigan; et on rêve d'eau transparente en chassant le vent des cheveux. L'étonnement de voir la peau fine d'hiver délicatement rosée après avoir trop lu assis en tailleur dans l'herbe, et la chemise de nuit à fleurs légères en sautillant devant la fenêtre ouverte sur le matin mollement endormi.

La vie avance, et je voudrais évoluer encore un peu avec les souvenirs. Il y avait les livres jaunis et cornés plein de vieux secrets, au soleil d'une esplanade, une vieille dame lisait Le Monde, et, sur les chaises du Luxembourg, un débat de philosophie.
Les rires à Garnier, le souffle court à Pleyel, l'évocation de Frost laisse battre le sang dans mes veines, et je me disais que j'aimais tant les regards perdus des gens qui lèvent les yeux de leur livre dans le métro. Le café crème avec un pincement au cœur, Zazou le temps d'une crêpe, les 105 marches au tapis élimé, les Nymphéas et les Tuileries dans la brume de neuf heures, un groupe de jazz manouche sur le pont des arts, les fallafels de la rue des Rosiers, et les illustrations de contes Juifs.
Boulevard St-Michel, les pieds souffrent et les livres s'empilent, la porte est bleue, plus triste que dans mes souvenirs et Delerm dans le train me rappelle que j'étais à la maison.
Rire de fatigue.

Au dessus de ma tête, s'enlacent sur un fil
deux hirondelles du printemps.

vendredi 27 mars 2009

I was just guessing at numbers and figures / Pulling the puzzles apart / Questions of science, science and progress /Do not speak as loud as my heart

Des fois on ne sait pas très bien. C'est comme si subitement on était devenu autre, mais en gardant le souvenir de ce que l'on a été. Pendant des années, on essaiera de se retrouver, en vain. Pendant toute une vie.

Les jours prennent une teinte voilée de blanc comme un matin d'hiver, la joie et la douleur passent en effleurant à peine le visage. Il ne reste rien. Le bruit m'insupporte à même titre que le silence, et les point d'interrogations remplissent le carnet. L'écharpe remontée un peu, la mèche s'échappe du chignon et je croyais que j'allais sourire au soleil. Dans le creux de la main, je voulais sentir les battement de son cœur, mais le petit oiseau n'était plus. Il était tiède de sa vie encore lorsque la terre l'a repris. Au dessus de lui, le forsitsia s'apprête à fleurir.

Les matins sont lourds comme un arrêt de mort, mais lorsque les rideaux s'ouvrent pour laisser entrer le jardin, la lumière est déjà trop crue pour les yeux fatigués de dormir. Avant la première note, les mains restent suspendues au-dessus du clavier. Le temps s'arrête, j'imagnen le son qui va naître, la sensation des touches lisses et fraîches comme des lèvres, et un frisson me parcourt l'échine.

Dans le carnet pour Paris, les pages noircissent, et je me souviens de Rimbaud que je lisais dans le métro, des livres dont on caresse la couverture ternie et des amoureux sur le pont des arts. Les bagages, une fois de plus, et je croise les doigts pour.


samedi 21 mars 2009

Finale - Bewegt, doch nicht zu schnell

Il y aura Musset au soleil, avec un verre d'eau et les chiens qui aboient, la promenade trop longue pour voir les forsistia couverts de gros bourgeons jaunes prêts à éclater, et le déjeuner avalé en vitesse pour. , les exercices de technique font travailler la tête plus que les doigts, les tulipes sur le bureau et les accents d'Italie du jardinier en veston élimé.

Bruckner se confond avec mes rêveries de fin d'après-midi, étudier dans sa ville. Les projets sont comme un château de cartes, il faut faire attention à ne pas monter trop haut. La pile de lettres portée à la poste, Paris se dessine avec plus de netteté, et il faut laisser la plume s'ébattre sur le papier ligné. Il y a encore tant à lire, tant à jouer, tant à apprendre qu'il me faudrait une jeunesse de cent ans.

C'est en jouant un choral que j'ai réalisé que c'était le printemps. Officiellement. Et les jonquilles se préparent pour Pâques.

mardi 17 mars 2009

Il fait si beau sur la ville, si beau sur les toits / Envie d'ouvrir la grille aux témoins de Jéhovah

La veste se portait sur le bras et nous avions décidé de monter à pied à la gare. L'air était parfumé du babil des oiseaux, et en quittant nos sièges, nous avions peine à réaliser que. Paris dans deux semaines, j'ai l'impression de rentrer à la maison bientôt, après un long voyage. Dans le carnet de Moleskine, les concerts se heurtent avec les galeries, et je repense au chaises vertes du Luxembourg. La ville sent le printemps, avec un bouquet de tulipes jaunes sous le bras, et G. répondait peut-être.

Le cadeau de A. dans une enveloppe couleur feuille de tulipe, et je souris de la coïncidence. Les lettres à l'encre noire sur la carte, et les petites étoiles dorées qui tombent dans un doux tintement en déchirant le papier. La montée que j'ai gravi trois fois dans l'après-midi, les colles de géographie avec l'employé au guichet de la poste, et je croise les doigts pour Verbier.

Dans la salle, le professeur a lu un poème et appelait les souvenirs du semestre passé, et devant l'institut, la Professeur passait en lançant un gai bonjour! et en se demandant ce que je faisais là, tandis qu'une petite fille sautait à pieds joints dans la plate-bande prête à être replantée et se tournait étonnée vers sa maman, pourquoi le monsieur il a tourné la terre? Les cageots de pensées encombrent la cour et embaument l'air transparent.
La veste se portait sur le bras, et l'université sentait la fraicheur des fleurs colorées.

mercredi 11 mars 2009

I can still recall our last summer / I can see it all

Les images de champs embrassés par milles fleurs riantes semblent appartenir à un passé fictif, et je me demande si l'été va réellement revenir, avec ses longues soirées tièdes et ses feuillages vert profond. Le soleil qui visite ma chambre me rassure en caressant doucement mes cheveux. Alors il faut jouer Bach, et tout redeviendra paisible et évident.

Hier je m'inscrivais à la fac de Zurich, et soudain je ne savais plus. V. s'interrogeait de monter un programme et le présenter, mais je ne me sentais pas la force de repasser tout cela. Lorsqu'un oiseau veut s'envoler, il faut lui laisser sa liberté.

Les jours sont bercés par cette lettre qui n'aurait jamais dû être écrite et les gros volumes de bibliothèque poussiéreux. L'échange avec Ca. pour vivre ce rêve, les projets avec N. et le piano travaillé méthodiquement. Les larmes dissimulées par des blagues, mais ne pas savoir cette langue me fait mal. Alors je caresse délicatement les fleurs qui gambadent dans le jardin comme des poussins. Il y en aura d'autres.

Promets-moi que tu reviendras.

samedi 7 mars 2009

Пела, пела пташечка / И затихла; / Знало сердце радости / И забыло.

Le soleil dans mon café, les mots tourbillonnaient trop vite, trop vite, les doigts se crispaient sur le petit livre, et la vie retrouvait un jardin oublié. Les phrases de Nina Berberova qui sèment la vérité. Le soleil dans mon café, les mots qui tourbillonnaient trop vite, et je croyais que ma vie était belle.
Dans cet hiver qui ne veut plus partir, il y aura eu ce prélude que l'on joue au petit matin, en attendant de beurrer les tartines de pain grillé, la salle de bain toute propre, et ce quatrième livre lu d'une traite.
Et l'étranglement de réaliser.

Le banc donne sur le lac et le soleil, les pages tournent, un monde qui s'ouvre et danse avec moi, il y avait les vitres que l'on lave en chantant, et les bourgeons qui grossissent. Et la petite mésange bleue qui me regardait faire et me parlait du printemps.

Hier soir, A. me disait qu'elle était guérie, et P. me proposait de l'aide. Il y a cette liste qui s'allonge, les rêves dansaient entre les lignes, et je pensais que parfois c'était difficile de les saisir, et qu'ils mouraient lorsqu'on y parvenait. Dans la solitude de la nuit, j'ai glissé ma main entre ma joue et l'oreiller trop mince, j'ai regardé le livre, et je lui ai promis que.

Il chantait, il chantait, le petit oiseau.