samedi 26 mars 2011

Tais-toi.

Il y a ce garçon rencontré à l'anniversaire de T. et il y a internet qu'on voudrait tuer. Lorsqu'un mail reste sans réponse alors que fb prouve sa présence. Il y a ses mots tendres et ses métaphores dans lesquels je m'enferme, j'aimerais fermer à double tour, mais les doutes filtrent au travers malgré tout. Le temps qui passe est le temps gagné - sur la rupture. Parce que tu sais, j'imagine rien de sérieux, je rêve un peu, j'épluche tes lettres comme si je te déshabillais, mais je ne crois pas en toi. T'es un homme, rien que ça, rien de plus. Et moi je suis libre, libre que tu m'appelles ton conte préféré, ton océan français. D'ailleurs tu as vu, je ne t'ai pas donné de nom. Tu m'as écrit et je t'ai répondu, c'est tout. Pâques dans ton appartement, à des milliers de kilomètres, on fera l'amour, on claquera des portes. Si ça se trouve, on claquera avant. Si tu crois que je vais me plier en quatre pour un garçon que je ne connais même pas, tu te trompes: on refait pas deux fois les même erreurs.

vendredi 11 mars 2011

l'aléatoire

Dans la robe de dentelle grise et les ballerines rouges, pédaler à toute allure dans la nuit, pédaler sur le vieux vélo rouge avec des tomates et du lait de soja au guidon, et avoir peur d'un deuxième accident. Pédaler et monter les escaliers quatre à quatre, il fait froid il fait soif mais il faut. La cuisine à nettoyer, le repas à faire, les mouvements qui tremblent encore, ils grincent comme une ferraille usée, j'ai peur encore de l'accident. Il vient, j'ai peine à y croire, mais il vient, il est là, il était là. Ca faisait deux mois. La dernière fois ses baisers et ses caresses, aujourd'hui la gène.
Nous mangeons face à face, comme un vieux couple, nous menons une conversation fade comme la cendre mouillée d'une passion éteinte. J'aurais voulu l'embrasser, le bousculer, j'aurais voulu faire l'amour sur le tapis troué par les cigarettes, je vais me remettre à fumer je crois. Il est parti trop tôt, avec ses projets à la con, l'Islande, il ne sait même pas comment c'est loin. Mon seul regret sera de ne pas avoir couché avec lui. Coucher avec lui, le couvrir d'injures et de baisers. En vrac. Parce que finalement on n'a fait que ça, s'aimer et se haïr inlassablement. 

samedi 26 février 2011

comme une fin d'été

Quand tu as dit ça comme ça brusquement, avec le sourire, il y a eu un court-circuit. Avant de partir, j'avais noté que je voulais t'embrasser à mon retour, comme ça, sans crier gare, juste parce que j'en aurais envie. A Paris, je pensais à ce baiser, j'imaginais le goût, la saveur, le parfum, je sentais tes lèvres déjà et la chaleur lorsque tu m'embrasses avec insistance, à Paris, j'imaginais ta surprise et dessinais ta joie du bout des doigts dans l'air tiède de ces beaux jours. A Paris, j'avais hâte d'être de retour, de frapper à ta porte avec le coeur qui bat très fort.
Je l'ai revu longtemps après mon retour, il avais mis son pull bleu que je déteste et la lumière de la salle de concert était crue. J'avais mal au dos et la musique était trop forte, et je savais qu'il n'y aurait pas son appartement, ni le mien. Il s'est assis face à moi dans le métro, et il m'a confié qu'il quittait définitivement la ville et le pays en novembre. Avec le sourire. Je n'avais plus envie de sa présence, j'avais envie de la nuit, de crier sur le pont qui enjambe le canal, crier des menaces, la douleur, la destruction, si tu pars je me tue. Peut-être que novembre sera la liberté retrouvée, la porte enfin ouverte, la fin. Mais en attendant, il y a les nuits trop longues, les yeux ouverts sur le plafond noir et les larmes dans la gorge, il y a les jours qui restent et l'angoisse du vide à l'opéra; il y a l'intuition de la déchirure à venir.

samedi 5 février 2011

confessions des soirs d'hiver

Seule dans ton minuscule deux pièces, en tailleur devant le canapé-lit, j'éparpillais les partitions rédigeant mon essai sur Scriabine, tu étais parti je ne sais trop où et tu m'avais laissé les clés. Il faisait froid, j'avais envie de thé, d'un earl grey avec un peu de lait et d'une compote de fruits rouges que tu n'avais pas. En rentrant du supermarché il y avait la lumière chez toi, je t'ai rapporté du gingembre confit et des gâteaux aux amandes. Tu m'as demandé si je m'installais définitivement chez toi, je n'ai pas répondu. J'aime quand tu parles comme ça, mais tu sais bien que je n'abandonnerai jamais mon appartement rêveur - j'ai des fenêtres, la rue bordée d'érables, la petite place et le grand parc, j'ai les vieilles portes à battants - j'ai la poésie, tu as le confort. Mais je t'aime, c'est vrai. Et puis j'aime quand tu me regardes travailler, quand je sens que tu me désires sans oser me déranger. J'aime manger dans ton assiette et te voler ton thé, que tu me serre contre ta poitrine et que tu es trop grand pour moi, j'aime ces baisers tout juste retenus et ton bras autour de mes épaules dans le métro.
Il ne faut pas qu'on se voit trop. Juste comme ça, parfois, des moments volés, quand on oublie de faire semblant de ne pas s'aimer.

dimanche 16 janvier 2011

à la fenêtre le voilage, et sur ton visage.

A la fin du jour, lorsque les nuages viennent, la chambre devient immobile et mauve.

mardi 11 janvier 2011

tacet

La lumière du bureau plongeait la grande pièce dans une lumière rassurante, lui sur le tabouret du vieux piano et toi le plus loin possible, tassée dans le coin opposé du petit sofa délavé. Et elle dit que non, qu'il n'est pas l'homme de sa vie, elle l'a cru au début mais maintenant elle sait que non. Qu'elle voit mieux ses petits défauts et qu'elle sait qu'un jour ça ne lui sera plus égal. Que si vous décidiez d'avoir une relation, dans deux ans, elle en est sûre, elle ne pourra plus te supporter. Alors il l'attire contre lui, tu lui caresses les cheveux et il cachera sa tête dans ton ventre parce que ça l'apaise.
Plus tard, tu seras assise sur ses genoux, lui et elle se regarderont, le visage très proche, il se regarderont sans se regarder vraiment, trop près pour se voir. Il la serrera très fort lorsqu'elle lui dira que l'homme qu'elle aimera un jour plus tard, ce sera un homme sensible qui aimera la poésie comme elle l'aime, et toi, tu ne voulais jamais rien savoir de mes livres.
Les amants ratés se quittent avec un baiser, 
et leur silence.

samedi 1 janvier 2011

pour qu[e ...] la saison nouvelle fleurisse

C'est une très grande tristesse, comme une couverture douce et bleue dans laquelle on s'enveloppe, une de ces tristesses sereines avec des larmes molles et usées par l'habitude. Une sorte d'indifférence détachée, il m'est égal d'être dans l'une ou l'autre de ces villes. Ce n'est pas que j'ai de la joie à être à l'une ou à l'autre place, non. Ce serait plutôt que je n'aimerais être à aucun de ces deux endroits. J'aimerais être nulle part. – J'aimerais être à nulle part. 
Un fantôme résigné errant par le monde comme un Wotan désillusionné.