lundi 19 juillet 2010

Variations sérieuses

Mon été est trop bien rangé, je voudrais des virées, des escapades décidées au tout dernier moment, partir en sachant seulement plus ou moins la direction. Faire des feux de camp, dormir à la belle étoile, avoir le goût du sel sur la langue et les cheveux trop clairs sur la peau trop foncée.

Alors on s'accroche aux nouveaux visages croisés dans l'open space de la billetterie, dans les bureaux en-bas du village et à la sortie d'un concert. Il y a ces deux pianistes qui ont passé le concours de la Haute École de Musique de Lausanne avec moi, cette fille de Neuch*tel et une Viennoise qui travaille dans le secteur presse, il y a les filles pour un repas improvisé sur le balcon.

On fuit, très loin, très haut, là où il ne pousse que des pierres grises qui étincellent au soleil comme des lames de couteau, là où le cri âpre des aigles tourne en cercle dans le ciel bleu acier, là où la peau brûle, où l'air est fin et transparent comme un cheveu.

En redescendant, il y avait des bosquets de rhododendron sauvage à perte de vue, l'odeur épicée de l'herbe grillée, et des marmottes jouaient devant leur terrier.

Tout est calme dans l'appartement, le tictac de l'horloge comme les battements du coeur, comme la guillotine de ce qui ne sera jamais plus donné, ce qu'il faut boire jusqu'à la lie, s'enivrer de ces secondes qui gouttent et s'écrasent sur le bitume brûlant.

vendredi 9 juillet 2010

sorbet cassis

J'ai retrouvé Momo'n tous les jours, et le goût des étés, les matins sur la terrasse je rédige mes dossiers, et les après-midis au bord du lac, nager jusqu'aux bouées jaunes et revenir, rire de ce qu'elle trouve l'eau trop froide, et puis une nouvelle dimension dans cette relation qui remonte à plus de vingt ans, une attention qui parfois me surprend. Alors je me dis qu'il faudrait donner plus.

La vieille ville et ses ruelles ombragées aux petites boutiques, on avait retrouvé Tes. pour une glace à la Gelateria, c'est dans un petit passage, et souvent on ne retrouve plus l'entrée, mais pas aujourd'hui. Cornet de sorbets au fruits, fraise-cassis pour moi, comme toujours. Au quai Osterwald, une jeune femme se baigne, juste un string noir qui tranche avec sa peau blanche. Quand elle remonte, elle porte une robe en voile légère, on voit son corps en transparence, ses seins, elle roule ses cheveux en chignon épais, et je l'ai trouvé très belle, très vivante.

La valise n'est pas défaite, les vêtements ont séché au soleil et sont retournés dans mon armoire en toile brune, mon sac est bouclé déjà. Trois livres achetés chez Payot, Duras, Márai et Paasilinna, j'aurais voulu Proust, la suite, mais il n'y avait pas A l'ombre des jeunes filles en fleur, alors je ne les lirai pas encore cet été. Tous les livres de Kertész de la bibliothèque aussi. Il faudra penser à avancer dans les autres dossiers.

Ne pas avoir de ses nouvelles me pèse.

dimanche 27 juin 2010

Chocolat blanc

Le marché plie l'échine sous la torpeur du soleil, le mouvement dense de la foule lentement entre les étals semble s'immobiliser, les odeurs d'huile, de pois chiches, de viande rôtie, plus loin le sucré des pêches, des fruits secs, la peau tendue des aubergines, et le marchand de cerises me tend un cône de papier avec un kilo de grosses cerises noires et glisses trois abricots dans ma sacoche "pour ton sourire". Alors je souris encore plus, forcément. Plus loin le Juif aux falafels m'en fait payer dix et m'en donne quinze, et le turc au coin ajoute un carré de baklava à mon simit, parce qu'il faut toujours un dessert, même au marché. Je me promets de revenir avec du monde, de prendre un falafel chez mon Juif et de partager un Baumkuchen de la roulotte hongroise. Au retour mes épaules brûlent et les kilos de tomates, les aubergines, le houmous et les cerises pendent au guidon en froufroutant dans le vent de face.
Le soir, c'est un pain aux noix, avec une ratatouille aux poivrons et des tranches de brebis turque, du chèvre frais et des falafels avec du houmous, et c'est l'été bulgare. C'est un pot minuscule de Hägen dasz partagé et un concert improvisé de petites cuillères. Les muffins framboise-thé vert-chocolat blanc dans le four, improvisés avec du natron faute de poudre à lever.
Il manque tant de carnets. Pour les recettes, pour les poèmes. Et à l'Albertina, je n'arrivais pas à me décider. Alors je repense les papeteries parisiennes. Les chaises en rotin sur les trottoirs et les garçons en chemise blanche. Ca fait un peu mal.

Dimanche matin, il est sept heures trente, le soleil dans les arbres et les rideaux à la fenêtre, quelqu'un joue Bach, comment savoir qui? et je l'imagine, et j'en suis déjà un peu amoureuse. C'est comme dans le roman de Hermlin, le papa qui jouait une heure de Bach tous les matins, de sept à huit.

Dimanche matin, et je crois que je ne l'aime plus, et je sais que c'est bien. J'avais trop de choses à donner et lui ne cédait rien, alors il étouffait et je grelottais. Maintenant je respire la liberté, j'imagine l'odeur du lac, le bruit de l'herbe au soleil, les pommiers dans la chaleur de midi, le parasol sur la terrasse.

jeudi 24 juin 2010

devant les rideaux qui dansent

c'est venu subitement, en voulant dessiner l'odeur de sa peau et sentir sa voix. c'est venu subitement, une absence, une impossibilité, comme ça. Tout à coup je n'étais plus sûre. Il y a du monde à la maison lorsque j'y suis, mais trop souvent je n'y suis pas, et l'agenda recrache les échéances les horaires les rendez-vous. Je repousse après l'été, je repousse trop de choses, et puis je mens au téléphone parce que je n'ai plus la force.

Une pizza à quatre mains et D. qui passe regarder un match, I. qui vient me chercher à la bibliothèque et le champagne du mardi devant l'institut, la soirée chez Sté. avec la fondue au chocolat et ses silences, les yeux qui piquent à l'opéra, le citybike à quatre heures du matin sur le Ring, une lettre, un dossier supplémentaire à rendre raye la semaine de repos que j'avais planifiée. Un abonnement au musée d'art qui attend depuis trop longtemps au guichet et une vieille partition des symphonies de Beethoven en quatre mains pour mon anniversaire.

Je ne sais pas où je cours, je n'ai plus le temps de vérifier. J'espère que c'est la bonne direction.

jeudi 17 juin 2010

silence

et puis elle avait demandée ce que j'aimais dans sa manière d'être avec moi-

Je n'ai pas su répondre.

lundi 14 juin 2010

.

c'est un printemps qui crève beaucoup de coeurs

jeudi 3 juin 2010

rideau

je n'ai plus rien à écrire, alors je vais vivre un peu.
Me gorger de baisers, d'or, de sang, d'orage et d'océan.