lundi 14 juin 2010

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c'est un printemps qui crève beaucoup de coeurs

jeudi 3 juin 2010

rideau

je n'ai plus rien à écrire, alors je vais vivre un peu.
Me gorger de baisers, d'or, de sang, d'orage et d'océan.

mercredi 2 juin 2010

le temps est suspendu au dessus du monde

la forêt avec les chiens, le long téléphone avec B dans le train de nuit, la tarte au groseilles et les mûres de l'été dernier, la page BD du 20Minutes dans le train, le lac, vaste, devant la fenêtre, Pascal et Serge croisés par hasard un dimanche matin à la gare, V dans la fête du village, le rosé et les saucisses de veau, la tarte au pomme maison et les souvenirs, la soirée avec Momo'n, les petits déjeuners en terrasse et la préparation de camp au fond du jardin,

les voix des enfants qui appellent mon nom, le polonais de Anna, la cuisine qui sent bon le savon, Grinzing sous la pluie, une nouvelle partition qui a l'odeur des mois de mai du lycée, le sparadrap posé en évidence sur le piano, B en voyage, les projets avec ma nouvelle coloc, le reste de riz curry avec du lait de coco, Nino qui m'ébouriffe les cheveux, levée tard, être un peu ivre de champagne, le parapluie rouge à pois cassé, la soupe aux Leberknödel à minuit, la pluie glacée, la nervosité du concert et la joie malgré tout,

il y a l'op. 118 sur le piano, et c'est le dernier printemps de mes 17 ans qui revit soudain, il y a les jours que l'on coche sur le calendrier - 8 jours encore, il y a les envies de pique-niques dans les parcs, et l'évasion,
et cette pluie, toujours.

vendredi 21 mai 2010

jours de pluie

tout à l'heure, les garçons attendaient déjà devant la porte avec leurs instruments, et j'ai ouvert les deux battants de la fenêtre pour laisser entrer la lumière. La décision prise d'un même coeur apaise, et les projets.

La pluie du matin, en traversant le parc mon thermos de café coloré dans la main, j'étais surprise de voir A. dans le séminaire. Les rires avec les autres, A. et S. partagent des baguettes au fromage, un gobelet de café, mon thermos, et le professeur qui regarde parfois comme un père qui gronde pour rigoler, vous n'avez rien à ajouter, vous, le groupe du fond, avec vos victuailles? Le cours sur la musique de cour japonaise tellement soporifique, une discussion par sms avec les autres, de l'autre côté de la fenêtre, j'imprime mon contrat et les rejoins dans un café, où nous avons finalement beaucoup à ajouter aux présentations du matin.


Un bol de pâtes, un grand verre d'eau, la pluie à recommencé à tomber doucement, les arbres devant la fenêtre, et une présentation de séminaire à rédiger.

Il avait quinze mille livres. Et il les avait tous lu, certains deux fois, trois fois. Et au petit garçon qui affirmait devant cette imposante bibliothèque So viele Bücher kann man nicht lesen, il avait répondu: Man nicht. Manfred schon. Ce serait beau s'il était encore là.

mercredi 19 mai 2010

Il aurait fallu qu'il fallait

Il aurait fallu crier, se gifler avec les mots, se dire la haine, la chair qui saigne, les yeux qui brûlent, les oreillers trempés et les cernes, les maladresses, les blessures, le mépris, le dégout. Ou construire une barrière de silence.

Mais,

la nausée du gaz qui flotte dans l'appartement, tu as ouvert les fenêtres, tu ne savais pas qui appeler, et sa voix, rassurante, sans nuages. Tu aurais voulu la colère, des injures peut-être, hurler dans le combiné, oser enfin. Pour avoir encore plus mal. Sans doute.

Le concert de ce soir était très beau.

lundi 17 mai 2010

je fais des films parce que j'arrive pas à vivre les choses

Sur le petit sofa, entre les coussins aux grandes fleurs, j'écoute Simon&Garfunkel, un bol de risotto feta-courgette-tomates séchées sur les genoux. Tout à l'heure, j'ai fait les muffins au pépites de chocolat de mingou, et pour la première fois, mon four à gaz n'a pas tout brûlé. Et puis j'hésitais à l'appeler, parce que je ne supporte plus de manger seule. Quelques fois je voudrais juste sa présence, lui dans un fauteuil, mémorisant ses répliques, moi dans la cuisine, préparant le goûter, en fermant la porte pour ne pas le déranger, parce que j'écoute toujours de la musique en faisant la cuisine.

Parfois j'imagine une maison minuscule perdue dans un immense jardin. Avec une grande cuisine rassurante et plein de visages autour de la table, des déjeuners sous la tonnelle, un arbre de lilas devant la fenêtre de la chambre à coucher, des heures à lire dans une vieille balançoire attachée à une branche de pommier en fleur. Parfois je n'en peux plus des murs de la ville qui repoussent le ciel, des façades interminables de fenêtres, des lignes de goudron qui ont étouffé les mimosas et les pâquerettes, des lumières de la ville qui tuent les étoiles.

Je voudrais la muraille du Királyi Vár, dans cette nuit chaude de mai, couchée sur le dos, pendant que les garçons discutent, regarder les étoiles, se fondre dans l'immensité, pendant des heures. Je voudrais les nuits à la belle étoile de mon adolescence, les légendes oubliées autour du feu, les étoiles filantes que l'on guette en s'empressant de faire un voeu, les saucisses piquées dans un bâton, les pommes dans les braises, l'odeur chaude et épicée des pâturages. Je voudrais les bols de cheerios partagés le matin devant la télé, la chambre minuscule avec la grande fenêtre qui donnait sur le ciel, les rangées de maisonnettes avec leurs jardins soignés, les parcs immenses, la librairie de Muswell Hill, Les quais de la Tamise, les immenses pique-niques, les virées à la mer.

Je ne vis pas les choses pour faire des films, je fais des films parce que je ne sais pas vivre les choses, je crois que c'est plutôt ça.

A la bibliothèque, cela faisait longtemps, et j'ai recherché de la littérature pour un travail qui me tient beaucoup à coeur, je me suis surprise à oublier le temps, et puis j'ai couru au bâtiment principal, tout en haut, l'amphi de littérature comparée, et la liste des livres à lire s'allonge, c'est comme si dans mes bras je voulais enlacer toujours plus, la terre entière, et j'ai eu le vertige, alors dans le parc, je me suis assise avec un gobelet de café pour respirer un peu et perdre mon regard dans les arbres.

samedi 15 mai 2010

c'est ce petit coin où l'herbe ne repoussera plus

les jours passés flottent, c'est la profondeur qui leur manque, parce que tu ne veux pas creuser, tu sais qu'il n'y a rien, et ce vide, ce parfum que tes lèvres ne goûtent plus, tu voudrais l'ignorer, alors tu effleures délicatement la surface, en prenant soin de ne pas chercher la matière. Mais dans les chromatismes de Zemlinsky, tu sens à quel point tout crie vers cette profondeur, et l'autre nuit, où vous aviez un peu trop bu, il t'a pris contre lui pour te réchauffer, c'était sur la même place que la première fois, en attendant le même bus de nuit. Six mois ont coulés, six mois ont effacé peut à peu la couleur, et lorsque tu es sortie, le baiser était sur la joue. Et puis tu as appelé dans la nuit, comme si cela pouvait effacer le temps passé, comme si vous pouviez revenir aux premières étreintes.